Projet de recherche : Résonance



Résonance est mon projet de recherche que je mène actuellement dans le cadre de l’obtention de mon DNSEP Design des Communs à l’ÉSAD Orléans.
Il a pour problématique : La dissolution des gestes manuels dans les pratiques numériques

#céramique, #artisanat, #numérique, #impression3D, #anthropologie, #ethnoghraphie, #design, #méthodologie, #rédaction, #conception


La tentative d’épuisement du design est celle de ses limites : limites entre art et design, entre artisanat et industrie, entre main et machine. Chaque designer, par l’ensemble des registres de pratiques qu’il mobilise, par les limites qu’il transgresse, rejoue une nouvelle définition du design. Résonance est le fruit de ma réflexion sur les positionnements d'un designer, qui s'attache à faire coexister les techniques manuelles et numériques. Dans le livre de Guillaume Bardet, L’usage des jours, on trouve une tentative de définition ouverte qui va au-delà des clivages convenus et expose un véritable discours de la méthode. Car c'est bien de méthode dont il s'agit. Le designer semble être celui qui rassemble toutes les techniques inventées par l’homme pour en disposer à sa guise. Plus qu’un créateur d’objet, il aurait un rôle médiateur entre différentes techniques. Cette médiation créerait ainsi de nouvelles typologies d’objets et de pratiques, générant ainsi des processus d’instauration hybrides entre ce qui peut être produit par la main en analogie avec ce que la machine peut créer.


Quelle place occupe-t-on encore, en tant que concepteur et créateur?
Au sein de ces configurations, de cette agentivité, comment prendre sa place ?
Comment entrer en relation avec la machine et avec le matériau ? Qu’en est-il de l’intention ? Du geste d’auteur ?
Comment l’ensemble de ces processus redéfinissent-ils la notion du geste ? Y aurait-il d’autres gestes à inventer ?
D’autres gestes dont il faudrait faire l’expérience et que ma position me permettrait de mettre en pratique ?




Résonance restitue une démarche de recherche création en design, saisissant des tensions et des convergences entre matière et forme dans le cadre d’une pratique générative de la conception et de la fabrication numériques. En ce sens, il témoigne d’une certaine manière de pratiquer la recherche, adossée à “un faire”, où s’articulent art et anthropologie sans ligne de partage. Proposer à la manière de Tim Ingold « une anthropologie qui serait, non pas une anthropologie de l’art, mais une anthropologie avec l’art. Dans le cadre d’une telle anthropologie, l’art devrait être considéré comme une discipline qui partage avec l’anthropologie le souci de réveiller nos sens et de permettre à la connaissance de croître de l’intérieur, en s’inscrivant dans le déploiement de la vie. » Le rôle du “faire” est une séquence d’actions qui déclenche la curiosité d’aller au-delà de ce qui est déjà connu, dans un langage non verbal qui étend nos capacités à communiquer les uns avec les autres à travers les cultures, le temps et l’espace. Il s’agit de faire enquête, en expérimentant de nos mains, en découvrant et en apprenant continuellement des flux du matériau utilisé. Cette conception du "faire" inclut une conception spécifique de l’action. Le rapport à la matière est ici fait de la correspondance plus que de l’imposition d’une forme. Il est perçu comme un processus ouvert aux imprévus, à l’expérimentation, à l’accident et à l’erreur dans une finalité d’entremêler et de conjuguer notre corps avec la matière et l’environnement; il s’agit « non pas d’imposer une forme préconçue à une substance matérielle brute, mais de dessiner ou délivrer les potentialités immanentes d’un monde en devenir. » Ainsi, la problématique de la création n’est plus désormais de suivre un plan préétabli, mais de s’appuyer sur le potentiel de la situation, sur la transformation en cours et de mettre à profit la dynamique propre du contexte et des contraintes qui en découlent.

Mémoire DNSEP Design des Communs

“En Design Thinking, le prototypage signifie, tout simplement, donner vie à votre idée afin de pouvoir en tirer des leçons.”


Méthodologie du projet : méthode du double diamant avec une approche systémique

1. Découvrir : Immersion et observation :
  • Brainstorming, Mindmapping
  • Interviews utilisateurs : artistes - céramistes / makers :
    • Visite des céramistes locaux à Bourges
    • Visite de fablab au Lab’O
  • -> Objectifs et hypothèses
2. Définir : Audit de l’existant : Spéculation
  • Donner corps à des personas
  • Création de storytelling
  • Travail de prospective et de projection
  • -> Recherches et analyses
  • 3. Prototyper :
    • Architecture de l’information : conceptualiser les premières idées Croquis, modélisation 3D, prototypage, maquette
    • Expérimentation de forme, de geste, de technique, de matériau…
    4. Tester :
    • Cadrage des tests
    • Test d’usabilité, de fonctionnalité, d’ergonomie, de dimension…

    Aussi, j’ai mené un travail historiographique mobilisant l’anthropologie et les sciences des techniques en cherchant à revisiter cette même notion, au prisme des problématiques propres au numérique. Comment à l’ère de la robotique et de la computation, le geste se déploie au sein du processus de création ?
    Par une expérimentation documentée, j’engage mon propre corps comme réponse à la dissolution du geste dans les pratiques numériques. Ainsi, j’entreprends une démarche expérimentale par la pratique afin d’activer des processus hybrides me permettant de créer des dialogues entre les différents entre deux champs de pratique différents.
    À travers ce dispositif distribué, la posture du designer, en maître ignorant, s'incarne en une négociation. Dès lors, chaque geste émanant de la machine ou de la main, s’y exprime pour faire exister la singularité propre à chaque technique. De part ma position de designer, je cherche donc à composer et à articuler des processus de conception inédits, qui façonnent des objets par hybridation des techniques et des gestes dans un rapport d’écoute et d’attention à l’ensemble des entités qui le constitue. Cette recherche, adossée à un mémoire, vise avant tout à mettre à jour des méthodologies pratiques ainsi qu'un cadre conceptuel partageables, susceptibles d'être réinvestis par d'autres praticiens. Ce cadre conceptuel s’incarne notamment par la proposition d’un glossaire, et s’appuie sur des expérimentations pratiques.